Lorsqu’un risque grave menace la santé ou la sécurité des salariés, le CSE ne se limite pas à recueillir des plaintes. Il peut documenter les faits, alerter l’employeur, enquêter et, sous conditions, recourir à un expert habilité. Le CSE risque grave salariés repose toutefois sur des procédures distinctes qu’il faut choisir avec méthode.
La gravité ne se déduit pas d’une impression isolée. Accidents répétés, exposition dangereuse, surcharge durable, atteinte à la santé mentale ou organisation défaillante doivent être reliés à des faits précis, actuels et vérifiables. Le risque grave prévu par le Code du travail ne se confond pas avec le danger grave et imminent, qui appelle une réaction immédiate.
L’essentiel
🔎 Le CSE peut voter une expertise lorsqu’un risque grave et actuel est identifié. Le recours est rattaché à l’article L.2315-94 du Code du travail et ne suppose pas nécessairement qu’un accident du travail ou une maladie professionnelle ait déjà été reconnu.
⚠️ Un danger grave et imminent obéit à une procédure plus urgente. Il peut déclencher une alerte immédiate, une enquête avec l’employeur et, dans certaines conditions, l’exercice du droit de retrait par le salarié.
📁 Un dossier factuel pèse davantage qu’une qualification générale. Dates, postes concernés, incidents, témoignages, indicateurs d’absentéisme, signalements et mesures déjà demandées permettent au CSE de motiver son action.
🧭 L’employeur reste responsable de la prévention et de la sécurité. Le CSE peut alerter, proposer, enquêter et faire analyser le risque, mais il ne sanctionne pas directement l’entreprise.
Que signifie un risque grave pour les salariés ?
Un risque grave correspond à une situation qui expose la santé ou la sécurité des salariés à une atteinte sérieuse, avec des éléments permettant d’en établir l’existence et l’actualité. Le CSE doit relier le risque à des conditions de travail concrètes, à des populations concernées et à une prévention insuffisante ou contestée.
La gravité peut concerner l’intégrité physique, la santé mentale ou l’exposition à un danger professionnel. Elle n’exige pas toujours qu’un dommage soit déjà survenu : un risque peut être caractérisé avant l’accident si les faits montrent une menace sérieuse et actuelle.
Le fondement de l’expertise figure à l’article L.2315-94 du Code du travail. Ce texte permet au CSE de faire appel à un expert habilité lorsqu’un risque grave, identifié et actuel, est constaté dans l’établissement, qu’il ait ou non été révélé par un accident du travail ou une maladie professionnelle.
Des risques physiques aux risques psychosociaux
Les risques physiques peuvent résulter d’une machine dangereuse, d’une exposition chimique, de manutentions répétées, d’un défaut de protection ou de conditions de circulation accidentogènes. Les risques biologiques, les températures extrêmes et l’exposition à des agents dangereux peuvent également entrer dans l’analyse, selon les faits établis.
Les risques psychosociaux peuvent aussi justifier une démarche lorsqu’ils présentent un caractère grave et actuel : surcharge structurelle, sous-effectif durable, réorganisation désorganisée, violences, pression excessive ou dégradation collective des conditions de travail. Un simple désaccord managérial ne suffit pas, pas plus qu’un indice isolé ne permet de qualifier automatiquement un harcèlement ou une maladie professionnelle.
Un risque grave se démontre par une accumulation de faits reliés au travail, pas par une étiquette apposée trop tôt.
Quels éléments permettent d’étayer le risque ?
Le CSE doit transformer une alerte générale en dossier exploitable. La première question n’est pas « qui a tort ? », mais « quels faits datés montrent une menace pour la santé ou la sécurité, qui est exposé et quelles mesures ont déjà été demandées ? » Cette méthode évite une délibération trop vague et fragilise moins l’action collective.
| Élément à réunir | Ce qu’il permet d’établir | Précaution |
|---|---|---|
| Accidents et incidents | Répétition, gravité potentielle, poste ou équipement concerné | Vérifier les dates, lieux et circonstances sans extrapoler |
| Alertes et témoignages | Réalité vécue, salariés exposés, évolution de la situation | Protéger les données personnelles et distinguer fait rapporté et fait vérifié |
| DUERP et plans d’action | Évaluation officielle du risque et mesures prévues | Comparer les mesures annoncées avec leur réalisation effective |
| Indicateurs SSCT | Absentéisme, accidents, restrictions, turnover ou signaux de dégradation | Un indicateur seul ne prouve pas la cause du risque |
| Courriers et procès-verbaux | Demandes formulées, réponses de l’employeur et persistance du problème | Conserver les versions datées et les accusés de réception |
- Identifier les postes, équipes ou établissements concernés.
- Noter les dates des incidents, alertes, arrêts ou changements d’organisation.
- Demander les documents utiles : DUERP, consignes, rapports d’accident, fiches de prévention et plans d’action.
- Distinguer les faits constatés, les déclarations de salariés et les hypothèses à vérifier.
- Conserver les échanges avec l’employeur dans un dossier chronologique.
Le DUERP est un point d’appui, mais il ne clôt pas l’analyse. Une évaluation ancienne, une mesure jamais appliquée ou un changement important du travail peuvent montrer un écart entre le risque officiellement recensé et la situation réelle. Le CSE peut alors demander des explications précises et faire constater ce décalage.
Un document de prévention ne protège personne s’il ne correspond plus au travail réellement effectué.
Risque grave ou danger grave et imminent : quelle différence ?
Le risque grave justifie une analyse approfondie et peut ouvrir la voie à une expertise du CSE. Le danger grave et imminent vise une menace susceptible de se réaliser rapidement : il appelle une alerte immédiate et une intervention sans attendre le calendrier ordinaire des réunions. Les deux mécanismes peuvent concerner la même situation, mais ils n’ont ni le même déclenchement ni le même objectif.

| Situation | Action principale | Acteurs | Objectif |
|---|---|---|---|
| Risque grave identifié et actuel | Délibération et expertise éventuelle | CSE et expert habilité | Analyser les causes et proposer des mesures de prévention |
| Danger grave et imminent | Alerte immédiate et consignation | Salarié, élu du CSE, employeur | Faire cesser ou réduire sans délai l’exposition au danger |
| Prévention insuffisante ou refus persistant | Relance formelle et saisine des acteurs compétents | CSE, inspection du travail, service de prévention | Faire vérifier la situation et obtenir une réponse traçable |
En cas de danger grave et imminent, le salarié peut alerter immédiatement l’employeur et, s’il estime raisonnablement être exposé, exercer son droit de retrait dans les conditions prévues par les articles L.4131-1 et suivants du Code du travail. Un membre du CSE qui constate un tel danger doit alerter l’employeur ; l’alerte est consignée dans le registre prévu à cet effet et une enquête doit être engagée.
Ne faites pas voter une expertise comme unique réponse à un danger qui exige une mise en sécurité immédiate. Ici, l’arrêt ou la réduction de l’exposition passe avant l’analyse approfondie.
Comment déclencher une expertise risque grave : les étapes
Le CSE déclenche l’expertise par une décision formalisée, fondée sur des faits propres à l’établissement. La résolution doit exposer le risque, les salariés concernés, les éléments disponibles et l’objectif de la mission. L’expert habilité n’est pas un arbitre chargé de sanctionner l’employeur : il analyse la situation et formule des préconisations.
- Documenter le risque. Réunir les faits datés, les documents de prévention, les témoignages et les réponses déjà apportées.
- Adresser une alerte écrite. Demander à l’employeur des mesures immédiates ou des explications, en précisant le risque et les personnes exposées.
- Préparer la réunion. Faire inscrire le sujet selon les règles applicables aux réunions du CSE et transmettre une note factuelle aux élus.
- Délibérer et désigner l’expert. Le CSE adopte une résolution selon les règles de vote en vigueur et précise la mission confiée à l’expert habilité.
- Suivre les mesures. Examiner le rapport, demander un calendrier d’action et vérifier que les mesures annoncées sont effectivement réalisées.
La délibération doit éviter les formules générales comme « les conditions de travail sont mauvaises ». Elle peut plutôt identifier une unité de travail, une période, un changement d’organisation, des incidents ou des alertes répétées, puis expliquer pourquoi les mesures prises ne permettent pas, à ce stade, d’écarter le risque.
Exemple prudent de motivation
À adapter aux faits et à faire vérifier avant utilisation, une motivation peut préciser que le CSE constate une exposition actuelle affectant tel poste ou service, s’appuie sur des incidents datés et des signalements documentés, relève l’insuffisance ou l’absence de mesures correctives et confie à l’expert l’analyse des causes, des effets sur la santé et des actions de prévention.
L’ordre du jour mérite une attention particulière. Une décision prise dans des conditions contestables peut nourrir un litige sur la procédure, même si le risque existe réellement. Le règlement intérieur du CSE, les règles de convocation et les dispositions du Code du travail doivent donc être vérifiés avant le vote.
Qui paie l’expertise et comment l’employeur peut-il la contester ?
Pour une expertise décidée en raison d’un risque grave identifié et actuel, le principe légal de prise en charge relève du régime des expertises SSCT prévu par le Code du travail. Le financement, le périmètre et les modalités de contestation doivent être contrôlés dans la version en vigueur des articles L.2315-80 et suivants et de leurs dispositions réglementaires.
Le CSE doit demander à l’expert un document clair sur sa mission, son coût prévisionnel et sa durée. L’employeur peut contester la nécessité de l’expertise, la désignation de l’expert, l’étendue de la mission, son coût ou sa durée devant le juge compétent. Le délai de contestation est court : le Code du travail prévoit notamment un délai de 10 jours pour certaines contestations, avec un point de départ qui varie selon l’objet contesté.
Le délai exact se vérifie sur la notification et la disposition réglementaire applicable. Il ne faut pas reprendre mécaniquement un délai trouvé dans un modèle en ligne : la date de la délibération, de la désignation ou de la notification du coût peut modifier le calcul. Le CSE et l’employeur doivent conserver toutes les preuves de réception.
L’expert peut demander les documents nécessaires à sa mission et accéder aux informations utiles dans le respect du secret professionnel, de la confidentialité et de la protection des données. Le CSE doit éviter de transmettre des informations médicales nominatives qui ne seraient pas nécessaires à l’analyse collective du risque.
Quel rôle pour la CSSCT et les acteurs de prévention ?
La commission santé, sécurité et conditions de travail prépare les travaux du CSE lorsqu’elle existe, mais elle ne devient pas automatiquement l’instance qui décide à sa place. Ses attributions exactes dépendent notamment de la taille de l’entreprise, de l’accord qui l’a créée et du règlement intérieur du CSE.
La CSSCT peut organiser des visites, examiner des situations de travail, préparer des questions et contribuer à l’enquête. La décision d’engager une expertise ou d’adresser une position formelle reste à situer dans les compétences du CSE et dans les textes applicables. Le service de prévention et de santé au travail, le médecin du travail et l’inspection du travail peuvent également être sollicités selon la nature de la situation.
Que faire si l’employeur ne réagit pas ?
Une absence de réponse ne transforme pas automatiquement le risque en infraction démontrée, mais elle doit être tracée. Le CSE peut relancer l’employeur par écrit, demander l’inscription du sujet à une réunion, faire figurer les échanges au procès-verbal et préciser les mesures attendues ainsi que leur échéance.
- Formaliser le refus, le silence ou la réponse incomplète de l’employeur.
- Demander la communication des documents nécessaires à l’analyse du risque.
- Réexaminer le DUERP et le plan d’action avec la situation observée.
- Solliciter l’inspection du travail lorsque les faits relèvent de son contrôle.
- Demander un accompagnement juridique si un contentieux, une mesure de représailles ou une atteinte individuelle est en jeu.
L’inspection du travail peut contrôler l’application du droit du travail et intervenir dans son champ de compétence, mais elle ne remplace pas le CSE dans la constitution de son dossier. En présence d’une atteinte personnelle, d’un accident, d’un harcèlement allégué ou d’un risque de licenciement, un avocat en droit du travail ou une organisation syndicale peut aider à qualifier les faits et à choisir le recours adapté.
Un salarié non élu peut transmettre son signalement à un élu, à la CSSCT lorsqu’elle existe, à l’employeur, au service de prévention et de santé au travail ou à l’inspection du travail selon l’urgence et la nature des faits. Il doit conserver les éléments utiles, sans diffuser de données confidentielles à des personnes étrangères au traitement de l’alerte.
Le CSE ne punit pas l’employeur : il construit une alerte traçable, exige une réponse et utilise les leviers prévus par le droit.
Sources utiles à consulter
Le Code du travail, notamment les articles L.2315-80 et suivants pour les expertises du CSE, L.2315-94 pour l’expertise en cas de risque grave et L.4131-1 et suivants pour le danger grave et imminent, constitue le socle juridique. Service-Public.fr apporte des informations administratives sur les droits d’alerte du CSE ; le ministère du Travail présente le recours aux experts habilités ; l’inspection du travail et le service de prévention et de santé au travail permettent de vérifier le circuit adapté à l’établissement. Les textes et délais doivent être contrôlés dans leur version en vigueur en 2026.
Vos questions
Les réponses suivantes donnent un cadre général. Elles ne remplacent pas la vérification des faits, des accords applicables, du règlement intérieur du CSE et des textes en vigueur.
Un salarié peut-il saisir directement le CSE ?
Oui. Il peut transmettre les faits à un élu, à la CSSCT lorsqu’elle existe ou à l’employeur. Il est préférable de fournir des éléments datés et précis, puis de conserver la preuve du signalement.
Le CSE peut-il imposer une expertise à l’employeur ?
Le CSE peut décider une expertise dans les conditions prévues par le Code du travail. L’employeur ne peut pas simplement écarter la décision, mais il peut la contester devant le juge dans les délais applicables.
Que faire en cas de danger grave et imminent ?
Il faut alerter immédiatement l’employeur et décrire le danger. Le salarié peut exercer son droit de retrait s’il a un motif raisonnable de penser que sa vie ou sa santé est menacée, sous réserve des conditions prévues par le Code du travail.
Le CSE peut-il agir face aux risques psychosociaux ?
Oui, lorsque les faits établissent une atteinte sérieuse et actuelle liée au travail. Une surcharge durable, des violences ou une organisation dégradée doivent être documentées ; elles ne permettent pas, à elles seules, de qualifier automatiquement un harcèlement.
Combien de temps faut-il conserver les preuves ?
Il n’existe pas ici un délai unique de conservation applicable à toutes les pièces du dossier. Le CSE doit conserver les documents utiles pendant le suivi du risque et d’un éventuel contentieux, en limitant les données personnelles à ce qui est nécessaire.




