Le 17 octobre 2025, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco s’est séparé sans accord. Résultat : aucune revalorisation des retraites complémentaires au 1er novembre 2025. Aucune loi n’était en jeu. Il a suffi que syndicats et patronat ne trouvent pas de terrain commun. Un an plus tard, le 14 octobre 2026, le même conseil a décidé une hausse de 1,4 % au 1er novembre 2026.
Ce contraste résume la nature du régime : il est obligatoire, mais ses règles se négocient entre partenaires sociaux. Votre pension dépend donc d’un élément que vous pouvez vérifier, vos points, et d’un autre qui vous échappe, la valeur du point. Ce guide sépare les deux.
📌 Ce qu’il faut retenir : vos cotisations Agirc-Arrco achètent des points au prix de 20,1877 € le point en 2026. À la retraite, chaque point vous rapporte 1,4587 € brut par an depuis le 1er novembre 2026, après une hausse de 1,4 % (communiqué Agirc-Arrco du 14 octobre 2026, service-public.gouv.fr, page vérifiée le 1er novembre 2026). Le malus de 10 % dit « coefficient de solidarité » ne s’applique plus aux pensions depuis le 1er avril 2024.
Qu’est-ce que la retraite complémentaire Agirc-Arrco ?
C’est le second étage obligatoire de la retraite des salariés du secteur privé, versé en plus de la retraite de base de l’Assurance retraite. Elle fonctionne par points et par répartition : les cotisations d’une année financent les pensions de la même année. Ses règles sont fixées par des accords nationaux interprofessionnels signés par les organisations syndicales et patronales (service-public.gouv.fr, page vérifiée le 1er janvier 2026).
Vous n’avez donc rien à souscrire.
Dès que vous êtes salarié du privé, votre employeur cotise et vous cotisez, et la ligne apparaît sur votre bulletin de paie. Beaucoup de contenus en ligne parlent de « choisir le meilleur plan de retraite complémentaire ». Cette formule mélange deux mondes. Les plans que l’on choisit, comme le plan d’épargne retraite, relèvent de la retraite supplémentaire, facultative ou mise en place par l’entreprise. Mais la complémentaire Agirc-Arrco ne se choisit pas et ne se négocie pas individuellement.
L’accord qui fixe aujourd’hui les règles a été signé le 5 octobre 2023. Son article 10.1 prévoit qu’il arrive à échéance le 31 décembre 2026, ce qui ouvre une nouvelle négociation dans les prochains mois.

Comment gagnez-vous des points ?
Le nombre de points d’une année se calcule ainsi : salaire soumis à cotisation, multiplié par le taux de calcul des points, divisé par le prix d’achat du point. Le taux de calcul est de 6,20 % sur la tranche 1 du salaire et de 17 % sur la tranche 2, et le prix d’achat vaut 20,1877 € (Agirc-Arrco, page mise à jour le 22 janvier 2025, paramètres 2026 consultés le 29 septembre 2026).
La tranche 1 couvre le salaire jusqu’au plafond annuel de la sécurité sociale, soit 48 060 € en 2026. La tranche 2 va de ce plafond à huit fois son montant. Or vous cotisez plus que ce qui vous donne des points. Les taux réellement prélevés sont de 7,87 % en tranche 1 et 21,59 % en tranche 2, parce qu’un « pourcentage d’appel » de 127 % s’applique aux taux de calcul. La part au-delà ne crée aucun droit : elle sert à équilibrer le régime. S’y ajoutent deux contributions prélevées en plus, la contribution d’équilibre général et la contribution d’équilibre technique.
Le simulateur ci-dessous applique cette formule à un salaire annuel.
Certaines périodes sans salaire donnent aussi des points. Service-public.gouv.fr cite les arrêts de travail de plus de 60 jours consécutifs indemnisés pour maladie, maternité, adoption ou accident du travail, le chômage indemnisé et l’activité partielle au-delà de 60 heures dans l’année (page vérifiée le 1er janvier 2026). Si vous avez connu un arrêt maladie long, vérifiez que ces points figurent sur votre relevé.
| Paramètre | Valeur | Période | Ce qu’il détermine |
|---|---|---|---|
| Valeur de service du point | 1,4587 € (1,4386 € auparavant) | Depuis le 1er novembre 2026 | Le montant de la pension par point |
| Prix d’achat du point | 20,1877 € | 2025, inchangé en 2026 | Le nombre de points acquis |
| Taux de calcul des points | 6,20 % (T1), 17 % (T2) | 2026 | La part des cotisations qui crée des droits |
| Taux prélevé (avec appel à 127 %) | 7,87 % (T1), 21,59 % (T2) | 2026 | Ce qui sort de votre salaire et de la part patronale |
| Plafond annuel de la sécurité sociale | 48 060 € | 2026 | La limite entre tranche 1 et tranche 2 |
Source : Agirc-Arrco, paramètres et chiffres du régime, page consultée le 29 septembre 2026, communiqué du 14 octobre 2026 et service-public.gouv.fr (page vérifiée le 1er novembre 2026) pour la valeur de service. Répartition du taux prélevé : 60 % employeur, 40 % salarié.
Combien vaut un point en 2025 et 2026 ?
Un point Agirc-Arrco vaut 1,4587 € brut par an depuis le 1er novembre 2026, soit 1,4 % de plus que les 1,4386 € précédents (communiqué Agirc-Arrco du 14 octobre 2026, service-public.gouv.fr, page vérifiée le 1er novembre 2026). L’ancienne valeur datait du 1er novembre 2024 et n’avait pas bougé au 1er novembre 2025, faute d’accord au conseil d’administration du 17 octobre 2025. Le prix d’achat du point est lui aussi resté inchangé au 1er janvier 2026 (communiqué Agirc-Arrco du 17 octobre 2025 et service-public.gouv.fr, actualité du 20 octobre 2025).
Pour 2024 à 2026, l’accord de 2023 fixe une règle d’indexation précise.
« la valeur de service du point évolue au 1er novembre de chaque année comme les prix à la consommation hors tabac estimée pour l’année en cours moins un facteur de soutenabilité de 0,40 point. »
Article 4.1 de l’accord national interprofessionnel Agirc-Arrco du 5 octobre 2023
Pourtant, cette règle n’est pas automatique. L’article 4.2 laisse au conseil d’administration une marge : l’écart entre l’inflation retenue et la hausse du point ne peut pas dépasser 0,4 point. Service-public.gouv.fr indique qu’en 2025, la base de discussion était de 0,6 %, avec une fourchette de 0,2 % à 1 %. Aucun accord n’a été trouvé, et le point est resté figé. La règle fixe donc un cadre, pas un résultat. Pour 2026, l’inflation estimée à 2 % donnait une base de 1,6 %, avec une fourchette de 1,2 % à 1,9 %, et le conseil a retenu 1,4 %. Le prix d’achat du point pour 2027 n’est pas encore fixé : il dépendra de la négociation du prochain accord (communiqué du 14 octobre 2026).
Qui porte le risque ? Les retraités, dont la pension perd du pouvoir d’achat chaque fois que le point progresse moins vite que les prix.
💡 Le saviez-vous ?
Avant le gel de 2025, les revalorisations avaient été de 4,9 % au 1er novembre 2023 et de 1,6 % au 1er novembre 2024, selon service-public.gouv.fr (actualité du 20 octobre 2025). Un même accord peut donc produire une hausse franche une année et un gel la suivante. La hausse de 1,4 % du 1er novembre 2026 met fin à ce gel.
Le régime par points présente des qualités et des fragilités qu’il vaut mieux connaître avant de faire des projections.
✅ Ce qui est acquis
- Les points inscrits sur votre compte ne disparaissent pas
- Certaines périodes non travaillées donnent des points gratuits
- Le calcul se vérifie ligne par ligne sur votre relevé
⚠️ Ce qui reste incertain
- La valeur future du point, négociée chaque année
- Le prix d’achat du point pour les années à venir
- Les règles qui suivront l’accord échu fin 2026

Le coefficient de solidarité existe-t-il encore ?
Non. Le malus de 10 % pendant 3 ans, instauré en 2019 pour inciter à travailler un an de plus, ne s’applique ni aux retraites prenant effet à partir du 1er décembre 2023, ni aux versements dus à partir du 1er avril 2024 pour les retraites plus anciennes (article 2 de l’accord du 5 octobre 2023). Environ 700 000 retraités étaient concernés, selon service-public.gouv.fr.
Et le bonus a suivi le malus.
Les coefficients majorants, qui augmentaient temporairement la pension de ceux qui prolongeaient leur activité, ne s’appliquent plus aux personnes nées à partir du 1er septembre 1961 dont la retraite de base prend effet à partir du 1er décembre 2023. Le même article 2 le prévoit. L’accord justifie ces suppressions par le report de l’âge légal opéré par la loi du 14 avril 2023. Les contenus qui promettent encore un bonus de 10 % à 30 % pour un départ retardé reprennent donc des règles périmées pour les générations récentes. Vérifiez votre année de naissance avant de bâtir un calendrier de départ sur ce calcul.
🚫 Idée reçue : « la retraite complémentaire se souscrit, il faut choisir le bon contrat »
Pour un salarié du privé, la complémentaire Agirc-Arrco est obligatoire et automatique. Aucun contrat n’est à signer, aucun choix n’est possible. Ce que l’on souscrit, ce sont des produits d’épargne retraite supplémentaires, qui s’ajoutent au régime obligatoire sans le remplacer. La bonne démarche consiste à vérifier vos points acquis avant de regarder toute offre d’épargne.
Que se passe-t-il si vous partez sans le taux plein ?
Si vous obtenez votre retraite de base à taux minoré alors qu’il vous manque moins de 20 trimestres, votre complémentaire subit une minoration définitive. Elle va de 1 % pour un trimestre manquant à 22 % pour 20 trimestres, selon le barème Agirc-Arrco de septembre 2026. Vous pouvez aussi demander la complémentaire seule jusqu’à 10 ans avant 67 ans, avec une minoration liée à l’âge.
Cependant, le barème par âge frappe plus fort qu’on ne le pense.
Un départ anticipé à 62 ans sans retraite de base donne un coefficient de 0,78, soit 22 % de moins. À 60 ans, le coefficient tombe à 0,64. Le barème descend jusqu’à 0,43 à 57 ans. Et la minoration ne disparaît pas quand vous atteignez 67 ans : elle s’applique pour toute la durée de la retraite. Avant toute décision, une estimation officielle sur votre espace personnel vaut mieux qu’un calcul fait sur un coin de table.
Le versement suit aussi des seuils. La pension est payée chaque mois, sauf si vous avez entre 101 et 200 points, auquel cas elle est versée une fois par an, ou si vous en avez 100 ou moins, auquel cas vous recevez un versement unique (service-public.gouv.fr, page vérifiée le 1er janvier 2026).

Le cumul emploi-retraite crée-t-il de nouveaux points ?
Oui, sous conditions. Depuis l’accord de 2023, les cotisations dues à partir du 1er janvier 2023 sur la tranche 1 du salaire donnent des points aux retraités en cumul emploi-retraite « sans condition tenant aux ressources ». Ces points peuvent être liquidés depuis le 1er janvier 2024, dans la limite d’une seule nouvelle pension (article 3 de l’accord du 5 octobre 2023).
Mais la portée reste limitée.
Seule la tranche 1 compte, si bien qu’une rémunération au-dessus du plafond de la sécurité sociale ne produit pas de droits sur sa partie haute. Le cumul « sans condition de ressources » suppose en principe d’avoir liquidé toutes ses retraites à taux plein, une condition fixée par le régime de base. Cette condition relève de l’Assurance retraite et nous ne l’avons pas détaillée ici. Si vous reprenez un poste après votre départ, demandez à la caisse comment vos nouvelles cotisations seront prises en compte. La réponse écrite vous servira au moment de liquider cette seconde pension.
🧩 Cas d’école (situation fictive)
Prenons un cas fictif : une salariée gagne 30 000 € brut par an en 2026. Toute sa rémunération est en tranche 1. Elle acquiert 30 000 × 6,20 % ÷ 20,1877, soit environ 92 points, qui valent environ 134 € brut par an de pension à la valeur actuelle du point.
Sur son bulletin, la cotisation prélevée en tranche 1 est de 7,87 % et non 6,20 %. L’écart finance l’équilibre du régime sans lui ouvrir de droits. Et si le point reste gelé plusieurs années, ces 92 points garderont la même valeur nominale pendant que les prix montent.
Ce cas montre que le nombre de points se vérifie, alors que leur valeur future se négocie hors de votre portée.
Que peuvent vérifier le salarié et le CSE ?
Le salarié peut vérifier trois éléments : la ligne de cotisation sur chaque bulletin, le relevé de points sur son espace personnel Agirc-Arrco, et la présence des points gratuits pour les périodes de maladie, de chômage ou d’activité partielle. Le CSE, lui, n’a pas de prise sur les paramètres du régime, négociés au niveau national.
Ainsi, le travail utile se fait sur les écarts. Un salaire mal déclaré, une période d’activité partielle oubliée ou un employeur disparu peuvent laisser des trous sur un relevé. Mieux vaut les repérer tôt, bulletins en main. Les élus peuvent rappeler en réunion l’intérêt de ces vérifications, surtout après une période d’activité partielle collective. Ils peuvent aussi demander à l’employeur de confirmer que les périodes indemnisées ont bien été déclarées.
Pour lire correctement les lignes retraite, notre guide de la fiche de paie détaille chaque cotisation.

Ce que vous pouvez vérifier, et ce qui reste incertain
Vos points se vérifient : ils résultent de vos salaires, des taux de calcul et du prix d’achat de chaque année, plus les points gratuits. La valeur de ces points à votre départ, elle, ne se prévoit pas. Elle dépendra des décisions annuelles du conseil d’administration et de l’accord qui succédera à celui du 5 octobre 2023.
Or c’est là que les promesses circulent. Aucune « stratégie » ne permet de faire monter la valeur du point. Les marges individuelles existent, mais elles sont étroites : ne pas perdre de points par une erreur de déclaration, ne pas subir une minoration par un départ mal calculé, connaître les effets du cumul emploi-retraite. Les conseils qui promettent d’« optimiser » la complémentaire par un produit à souscrire confondent le régime obligatoire et l’épargne. Pour une situation particulière, un conseiller Agirc-Arrco ou un point d’accueil retraite pourra examiner votre dossier.
Pour distinguer ce régime des dispositifs par capitalisation, lisez notre article sur l’institution de retraite professionnelle, qui gère une épargne d’entreprise d’une tout autre nature. Si vous envisagez de cesser votre activité avant l’âge légal, notre page sur la préretraite présente les dispositifs de sortie anticipée. Et pour comprendre ce que paie l’entreprise en plus de votre part, voyez notre article sur la cotisation patronale.
Le levier démontrable reste votre relevé de points : comparez-le chaque année à vos bulletins et faites corriger toute période manquante tant que vous en avez les preuves.

Questions fréquentes
Quelle est la valeur du point Agirc-Arrco en 2026 ?
La valeur de service du point est de 1,4587 € depuis le 1er novembre 2026, après une hausse de 1,4 %. Elle était de 1,4386 € auparavant. Le prix d’achat du point reste de 20,1877 € en 2026.
Comment calculer sa retraite complémentaire ?
La pension annuelle brute est égale au nombre total de points multiplié par la valeur de service du point, avec une éventuelle minoration si vous partez sans le taux plein. Le nombre de points figure sur votre relevé Agirc-Arrco.
Le malus Agirc-Arrco de 10 % s’applique-t-il encore ?
Non. Le coefficient de solidarité ne s’applique plus aux retraites prenant effet depuis le 1er décembre 2023, ni aux versements dus depuis le 1er avril 2024 pour les retraites plus anciennes.
Faut-il souscrire une retraite complémentaire ?
Non, pas pour un salarié du privé : l’affiliation à l’Agirc-Arrco est obligatoire et les cotisations sont prélevées sur le salaire. Les produits à souscrire relèvent de l’épargne retraite supplémentaire.




