Louer la chambre inoccupée de son logement paraît simple sur le papier : une annonce, un loyer, une clé de plus. Le droit, lui, découpe l’opération en plusieurs questions qui n’ont pas la même réponse. La première, celle que tout le monde se pose, porte sur l’impôt. Les suivantes, plus souvent oubliées, touchent au contrat signé avec la personne logée et, si vous êtes vous-même locataire, à votre droit de louer.
Mais les réponses ne se trouvent pas dans le même texte. La fiscalité relève de l’article 35 bis du Code général des impôts, le contrat de la loi du 6 juillet 1989, la sous-location de l’article 8 de cette même loi. Ce guide les reprend dans l’ordre où elles se posent, avec les chiffres officiels applicables en 2026 et les points que les textes laissent ouverts.
🏠 En bref : les loyers tirés d’une chambre meublée de votre résidence principale sont exonérés d’impôt si la chambre devient la résidence principale de l’occupant et si le loyer reste raisonnable. Pour 2026, l’administration fixe ce plafond à 215 € par an et par mètre carré en Île-de-France et à 159 € dans les autres régions, charges non comprises (impots.gouv.fr, page mise à jour le 7 août 2026). Cette exonération vaut pour les locations réalisées jusqu’au 31 décembre 2026. Un locataire ne peut sous-louer qu’avec l’accord écrit de son bailleur, loyer compris.
Que faut-il réunir pour louer une chambre sans payer d’impôt ?
Trois conditions cumulatives. La chambre louée meublée fait partie de votre habitation principale. Elle devient la résidence principale de l’occupant, ou sa résidence temporaire s’il est salarié saisonnier. Le loyer reste dans des limites raisonnables, appréciées par des plafonds publiés chaque année. Si l’une manque, l’exonération tombe pour cette location.
« Les personnes qui louent ou sous-louent jusqu’au 31 décembre 2026 en meublé une ou plusieurs pièces de leur habitation principale sont exonérées de l’impôt sur le revenu pour les produits de cette location sous réserve que les pièces louées constituent pour le locataire ou le sous-locataire en meublé sa résidence principale ou sa résidence temporaire, dès lors qu’il justifie d’un contrat conclu en application du 3° de l’article L. 1242-2 du code du travail, et que le prix de location demeure fixé dans des limites raisonnables. »
Article 35 bis, I du Code général des impôts, version en vigueur depuis le 31/12/2023
Le texte vise la location en meublé, pas une pièce vide. Il vise aussi une pièce de votre logement, et le Bulletin officiel des finances publiques précise que la chambre ne doit pas pouvoir être regardée comme un logement indépendant. L’administration regarde la configuration réelle : entrée autonome, cuisine ou salle de bains privative. Un studio aménagé au fond du jardin, avec sa propre porte et sa kitchenette, sort donc du dispositif. Or c’est souvent ce type de bien que les annonces présentent comme « une chambre chez l’habitant ».
Le renvoi au 3° de l’article L1242-2 du Code du travail vise le salarié en contrat saisonnier : pour lui seul, une résidence temporaire suffit.
Un point de calendrier compte aussi. La loi de finances pour 2024 a prorogé l’exonération jusqu’au 31 décembre 2026, et aucune prorogation au-delà n’apparaît dans la version du texte en vigueur au 29 septembre 2026. Rien ne garantit donc l’avantage fiscal pour les loyers perçus en 2027.

Quel loyer maximum en 2026 pour rester exonéré ?
Pour les locations de 2026, le loyer annuel hors charges ne doit pas dépasser 215 € par mètre carré de surface habitable en Île-de-France, et 159 € dans les autres régions (BOFiP BOI-BIC-CHAMP-40-20, version du 19 août 2026). En 2025, ces plafonds étaient de 213 € et 157 €. Ils sont revalorisés chaque année.
Le calcul se fait sur l’année et sur la surface habitable, pas sur le loyer mensuel affiché. Pour une chambre de 12 m² en région, le plafond annuel ressort à 1 908 €, soit 159 € par mois hors charges. Ainsi, une chambre de 12 m² louée 400 € par mois hors charges dépasse largement la limite, quelle que soit la qualité du mobilier. Le BOFiP ne précise pas si une quote-part des pièces partagées (cuisine, salon) s’ajoute à la surface de la chambre. En l’absence de précision, le calcul sur la seule chambre reste l’hypothèse la plus prudente.

Le simulateur ci-dessous applique ces plafonds à votre situation.
Les charges refacturées ne comptent pas dans le loyer comparé au plafond, à condition qu’elles correspondent à de vraies dépenses. Un forfait « charges » gonflé pour rester sous la limite serait difficile à défendre en cas de contrôle.
💡 Le saviez-vous ?
Une seconde exonération existe pour l’accueil de passage, du type chambre d’hôtes : les loyers tirés de pièces de votre habitation principale, louées de façon habituelle à des personnes qui n’y élisent pas domicile, sont exonérés s’ils ne dépassent pas 760 € par an (article 35 bis, II du Code général des impôts, applicable jusqu’au 31 décembre 2026). Au-delà, tout est imposable.
Quel contrat signer avec la personne que vous logez ?
Quand la chambre devient la résidence principale de l’occupant, le contrat le plus sûr reste un bail meublé écrit, conforme au titre Ier bis de la loi du 6 juillet 1989 : un an minimum, neuf mois pour un étudiant, dépôt de garantie limité à deux mois de loyer hors charges (articles 25-6 et 25-7, versions en vigueur au 29 septembre 2026).
Pourtant, la question de savoir si une simple chambre, sans cuisine ni sanitaires privatifs, constitue un « logement meublé » au sens de l’article 25-4 n’est pas tranchée par le texte lui-même. Celui-ci exige un logement décent, équipé pour y dormir, manger et vivre convenablement. Une chambre qui donne accès à la cuisine et à la salle de bains partagées peut remplir cette fonction, ou non, selon les faits. Le bail meublé écrit protège les deux parties dans les deux hypothèses. Un simple accord oral, lui, laisse chacun sans preuve des conditions convenues.
Deux formules alternatives existent, pour des publics précis.
Le bail mobilité vise un locataire en formation, en études supérieures, en apprentissage, en stage, en service civique, en mutation ou en mission temporaire. Il dure d’un à dix mois, sans renouvellement, et ne prévoit pas de dépôt de garantie. La cohabitation intergénérationnelle solidaire permet à une personne de 60 ans et plus de louer ou sous-louer une partie de son logement à une personne de moins de 30 ans (article L118-1 du Code de l’action sociale et des familles). Le contrat obéit alors à l’article L631-17 du Code de la construction et de l’habitation.
| Formule | Pour qui | Durée | Référence |
|---|---|---|---|
| Bail meublé | Occupant dont la chambre est la résidence principale | 1 an minimum, 9 mois pour un étudiant | Loi du 6 juillet 1989, art. 25-3 à 25-11 |
| Bail mobilité | Étudiant, stagiaire, apprenti, salarié en mutation ou en mission temporaire | 1 à 10 mois, non renouvelable | Loi du 6 juillet 1989, art. 25-12 à 25-18 |
| Cohabitation intergénérationnelle solidaire | Hôte de 60 ans et plus, occupant de moins de 30 ans | Fixée par le contrat | CASF, art. L118-1, CCH, art. L631-17 |
| Sous-location par un locataire | Locataire qui loue une chambre de son propre logement | Liée au bail principal | Loi du 6 juillet 1989, art. 8 |
Articles vérifiés sur Légifrance au 29 septembre 2026. Le bail mobilité ne peut être conclu que pour un logement meublé au sens de l’article 25-4.
Si vous hébergez un proche sans loyer, aucun de ces contrats n’est en jeu. Il s’agit alors d’un hébergement à titre gratuit, que l’on justifie par une attestation d’hébergement.

Locataire : pouvez-vous sous-louer une chambre de votre logement ?
Oui, mais uniquement avec l’accord écrit de votre bailleur, qui doit porter aussi sur le prix. Le loyer au mètre carré de la chambre sous-louée ne peut pas dépasser celui que vous payez vous-même. Vous remettez au sous-locataire l’autorisation écrite et une copie de votre bail (article 8 de la loi du 6 juillet 1989, version en vigueur depuis le 27 mars 2014).
Cette règle déplace le risque vers le locataire principal. Si votre bail prend fin, le sous-locataire ne peut rien réclamer à votre bailleur et perd tout titre d’occupation. C’est contre vous qu’il se retournera, pas contre le propriétaire. Et la Cour de cassation a jugé que les sous-loyers perçus sans autorisation appartiennent au propriétaire, qui peut en obtenir le remboursement (Cass. 3e civ., 12 septembre 2019, n° 18-20.727). Service-public.gouv.fr ajoute que le bailleur peut aussi demander la résiliation du bail (page vérifiée le 24 juillet 2025).
Dans le logement social, les règles sont plus strictes. La sous-location totale y est interdite, et la sous-location partielle n’est ouverte qu’à des cas limités : accueil d’une personne âgée ou handicapée dans le cadre d’un accueil familial, ou cohabitation avec une personne de moins de 30 ans. Ainsi, un locataire HLM qui publie une annonce classique pour sa chambre libre s’expose à la résiliation de son bail.
Un locataire qui sous-loue régulièrement peut, lui aussi, bénéficier de l’exonération fiscale de l’article 35 bis, puisque le texte vise les personnes qui louent « ou sous-louent ».
🚫 Piège classique : « mon bailleur n’a rien dit, donc il est d’accord »
Le silence du bailleur ne vaut pas autorisation. L’article 8 exige un accord écrit, qui porte aussi sur le montant du loyer demandé au sous-locataire. Une tolérance orale ou un échange flou ne protège ni vous ni la personne logée. La bonne approche : une demande écrite précisant la chambre, la durée et le loyer envisagés, et une réponse écrite du bailleur conservée avec votre bail.
Quelles vérifications faire avant d’accueillir un occupant ?
Prévenez d’abord votre assureur habitation. L’arrivée d’un occupant payant modifie le risque couvert, et le Code des assurances vous impose de déclarer ces circonstances nouvelles par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique dans les quinze jours (article L113-2, 3°, version en vigueur depuis le 1er avril 2018).
Cette déclaration n’est pas une formalité de confort. Un sinistre survenu après une aggravation du risque non déclarée peut conduire l’assureur à réduire son indemnisation, selon les règles du Code des assurances et les clauses de votre contrat. Demandez aussi à l’occupant une assurance pour ses propres biens et sa responsabilité civile. Si vous êtes en copropriété, relisez le règlement de copropriété, qui peut encadrer l’usage des lots. Enfin, la chambre doit rester conforme aux exigences de décence, puisque l’article 25-4 définit le logement meublé comme un logement décent.
Mais la vérification la plus utile reste celle de votre propre situation d’occupant.
✅ Ce que la location d’une chambre apporte
- Un revenu exonéré jusqu’à fin 2026 si les conditions sont réunies
- Un cadre contractuel connu avec le bail meublé
- Des formules adaptées aux étudiants et aux seniors
⚠️ Ce qu’elle vous impose
- Un loyer plafonné pour garder l’exonération
- Un bail d’un an minimum en meublé classique
- L’accord écrit du bailleur si vous êtes locataire

Que se passe-t-il si une condition de l’exonération manque ?
Les loyers deviennent imposables. Impots.gouv.fr les range dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, celle de la location meublée (page mise à jour le 7 août 2026). Vous devez alors les déclarer, selon le régime fiscal applicable à votre situation, que le service des impôts ou un professionnel pourra préciser.
Le dépassement du plafond est le cas le plus fréquent. Il suffit parfois d’une hausse de loyer ou d’une chambre surestimée en surface. Le changement d’occupant pèse aussi : un étudiant qui garde sa résidence principale chez ses parents et loue votre chambre en semaine ne remplit pas forcément la deuxième condition. Cependant, le texte parle de résidence principale sans en donner ici la définition fiscale détaillée. Dans un cas limite, seul le service des impôts peut trancher, et une demande écrite garde la trace de sa réponse.
Gardez le bail, les quittances et un relevé de la surface.

🧩 Cas d’école (situation fictive)
Prenons un cas fictif : un locataire lyonnais loue 850 € par mois un appartement de 60 m². Il sous-loue une chambre de 12 m² à 350 € par mois, sans en parler à son bailleur. Son propre loyer au mètre carré est d’environ 14 €, celui de la chambre d’environ 29 €.
Trois problèmes se cumulent. Il n’a pas d’accord écrit. Le loyer au mètre carré dépasse le sien. Et 4 200 € par an pour 12 m² excèdent le plafond fiscal de 1 908 €. Qui porte le risque ? Lui seul : remboursement possible des sous-loyers au propriétaire, résiliation du bail, loyers imposables.
Ce cas montre que la sous-location non déclarée cumule le risque locatif et le risque fiscal sur la même personne.
Ce que vous pouvez démontrer, et ce qui reste incertain
Trois pièces suffisent à sécuriser la location d’une chambre : un bail meublé écrit, un loyer annuel hors charges comparé au plafond de l’année, et, si vous êtes locataire, l’accord écrit de votre bailleur. Avec elles, vous pouvez justifier l’exonération et votre droit de louer. Sans elles, chaque désaccord se règle sur des souvenirs.
Or deux points restent ouverts au 29 septembre 2026. L’exonération de l’article 35 bis n’est prévue que jusqu’au 31 décembre 2026, et son sort ultérieur dépendra du législateur. La qualification d’une chambre sans équipements privatifs au regard de la loi de 1989 dépend, elle, des faits. Pour les cas limites, un avocat ou une ADIL peuvent examiner votre situation. Les annonces qui promettent un « revenu sans impôt » sans parler de surface ni de plafond relèvent de la promesse, pas du droit.
Si vous envisagez plutôt de changer de logement que de partager le vôtre, notre guide de l’échange d’appartement détaille les règles entre locataires. Côté propriétaire, le point sur la procédure en cas d’impayés vous dira ce qui se passe si l’occupant cesse de payer. Et si vous préférez louer un bien entier dans un cadre fiscal aidé, voyez comment fonctionne la loi Pinel.
Le levier démontrable reste le calcul : surface habitable, loyer annuel hors charges et plafond de l’année, posés par écrit avant la signature.
Questions fréquentes
Faut-il déclarer le loyer d’une chambre louée chez soi ?
Non, si les trois conditions de l’article 35 bis du Code général des impôts sont réunies : chambre meublée de votre résidence principale, résidence principale de l’occupant, loyer sous le plafond annuel. Sinon, les loyers sont imposables dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.
Quel est le plafond de loyer pour une chambre en 2026 ?
215 € par an et par mètre carré de surface habitable en Île-de-France, 159 € dans les autres régions, charges non comprises, selon le BOFiP et impots.gouv.fr.
Un locataire peut-il louer une chambre de son appartement ?
Oui, avec l’accord écrit du bailleur, y compris sur le prix. Le loyer au mètre carré demandé ne peut pas dépasser celui du bail principal. Dans le logement social, la sous-location partielle n’est admise que dans des cas limités.
L’exonération existera-t-elle encore en 2027 ?
Le texte en vigueur au 29 septembre 2026 la prévoit pour les locations réalisées jusqu’au 31 décembre 2026. Une prolongation dépend d’une future loi de finances.




