Qui doit faire les trajets pour le droit de visite ?

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Mis à jour le 29 septembre 2026
Textes de référence : Code civil, art. 373-2, 373-2-9, 373-2-13 (versions en vigueur au 30 septembre 2026), Code pénal, art. 227-5, Cass. 1re civ., 11 septembre 2013, n° 12-24.484 et 14 mai 2014, n° 13-17.285
Pour qui : parents séparés qui exercent ou accueillent un droit de visite et d’hébergement, parents salariés aux horaires contraints

Vendredi, 18 h 30, parking d’une aire d’autoroute. Deux voitures, un enfant, un sac. Pour beaucoup de parents séparés, le droit de visite commence là, et la question de savoir qui roule, qui paie l’essence et qui attend revient chaque quinzaine.

La loi ne contient aucune règle générale qui désigne le parent chargé des trajets. Tout part donc de votre jugement ou de votre convention. Ce guide explique comment le lire, ce que le juge peut décider sur les frais, ce que dit la Cour de cassation, et ce que vous pouvez faire quand l’organisation ne tient plus.

🧭 En bref : c’est la décision du juge aux affaires familiales ou la convention homologuée qui dit qui conduit l’enfant et qui le ramène. Quand un parent déménage, l’article 373-2 du Code civil charge le juge de répartir les frais de déplacement et d’ajuster la pension en conséquence. La Cour de cassation exige que ce choix soit motivé (1re civ., 14 mai 2014, n° 13-17.285). Refuser indûment de remettre l’enfant est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende (article 227-5 du Code pénal).

Qui décide de la répartition des trajets ?

Le juge aux affaires familiales, ou les parents eux-mêmes dans une convention qu’il homologue. Quand la résidence de l’enfant est fixée chez un parent, l’article 373-2-9 du Code civil charge le juge de statuer sur les modalités du droit de visite de l’autre. Les trajets en font partie, et le texte de votre décision fait foi.

Beaucoup de jugements contiennent une clause du type « à charge pour le parent qui exerce le droit de visite d’aller chercher ou faire chercher l’enfant et de le ramener ». Cette formule est un usage fréquent, pas une règle légale. Mais elle a une portée concrète : si elle figure dans votre décision, le parent qui accueille n’a aucune obligation de conduire l’enfant. Et si votre décision prévoit un partage, par exemple l’aller pour l’un et le retour pour l’autre, c’est ce partage qui s’applique. Relisez le dispositif, c’est-à-dire la partie finale qui commence par « par ces motifs ».

Une décision muette sur les trajets laisse le champ libre à la négociation, et aux conflits.

Juge aux affaires familiales fixant les modalités du droit de visite et des trajets

Qui paie les frais de déplacement ?

Sans précision dans la décision, chaque parent supporte en pratique le coût des trajets qu’il effectue. Le juge peut pourtant répartir ces frais, soit en partageant directement les déplacements ou leur coût, soit en tenant compte de leur montant dans la pension alimentaire. Le Code civil prévoit expressément cette répartition quand un changement de résidence modifie l’organisation.

« Le juge répartit les frais de déplacement et ajuste en conséquence le montant de la contribution à l’entretien et à l’éducation de l’enfant. »

Article 373-2, alinéa 4, du Code civil, version en vigueur depuis le 20 mars 2024

Les deux outils se compensent. Dans un arrêt du 11 septembre 2013 (n° 12-24.484), la Cour de cassation a validé un raisonnement simple : un père qui faisait les allers-retours entre Montreuil et Lille avait obtenu une pension réduite parce que le juge avait compté ses frais de transport dans ses charges. Cette réduction valait partage des frais. Il ne pouvait pas obtenir en plus que la mère paie la moitié des trajets. Ainsi, avant de réclamer un partage, regardez si vos frais ont déjà pesé sur le montant de la pension.

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Le simulateur ci-dessous chiffre le coût mensuel des trajets et une répartition possible.

🚗 Simulateur : combien coûtent les trajets du droit de visite ?

Coût mensuel des trajets :

Part du parent A : Part du parent B :

Résultat indicatif. Aucun texte n’impose de coût kilométrique ni de clé de répartition : le juge apprécie selon les ressources, la distance et l’origine de l’éloignement. Ce chiffrage sert à préparer une discussion ou une demande, il ne remplace pas un conseil juridique.

Un montant mensuel chiffré pèse davantage devant le juge qu’une plainte générale sur « les kilomètres ».

Que dit la Cour de cassation sur la charge des trajets ?

Elle laisse aux juges du fond le choix de la répartition, mais elle exige une vraie motivation. Le 14 mai 2014 (n° 13-17.285), elle a cassé un arrêt qui mettait tous les frais de déplacement à la charge du père, hors vacances scolaires, avec pour seule justification qu’il n’y avait pas lieu de les imposer à la mère.

Dans cette affaire, la mère avait déménagé de la Drôme vers les Landes avec les deux enfants. La cour d’appel avait affirmé une solution sans l’expliquer. Or une affirmation ne suffit pas quand la charge des trajets est aussi lourde. Le juge doit dire pourquoi il retient telle répartition : origine de l’éloignement, ressources de chacun, âge des enfants, contraintes professionnelles. Pour vous, la conséquence est pratique. Une demande de partage des trajets doit s’appuyer sur ces éléments, pas sur un principe d’équité abstrait.

Le parent qui s’est éloigné n’est pas automatiquement condamné à tout payer.

SituationCe qui s’appliqueRéférence
La décision précise qui conduit et qui ramèneLe texte de la décision, tant qu’il n’est pas modifiéC. civ., art. 373-2-9 et 373-2-13
Un parent déménage et l’organisation changeLe juge répartit les frais de déplacement et ajuste la pensionC. civ., art. 373-2, al. 4
Frais déjà comptés dans la pensionLa baisse de pension peut valoir partage des fraisCass. 1re civ., 11 sept. 2013, n° 12-24.484
Tous les frais mis sur un seul parentLe juge doit motiver ce choixCass. 1re civ., 14 mai 2014, n° 13-17.285
Remise directe dangereuse ou contraire à l’intérêt de l’enfantRemise en espace de rencontre ou avec un tiers désigné par le jugeC. civ., art. 373-2-9, dernier alinéa

Articles du Code civil en vigueur au 30 septembre 2026, arrêts consultés sur Légifrance le 30/09/2026.

Comment organiser les remises quand les parents ne se parlent plus ?

Le juge peut organiser la remise de l’enfant pour qu’elle présente toutes les garanties nécessaires. L’article 373-2-9 du Code civil lui permet de prévoir qu’elle se fasse dans un espace de rencontre qu’il désigne, ou avec l’assistance d’un tiers de confiance, quand l’intérêt de l’enfant le commande ou quand la remise directe présente un danger.

Parents échangeant avec un médiateur familial sur l'organisation des trajets de l'enfant

Hors de ces situations, le lieu de passage relève souvent de l’accord entre parents : domicile, école, gare, point à mi-chemin. Un point neutre et fixe limite les discussions sur le quai. Pourtant, un arrangement oral reste fragile, car il ne lie personne le jour où la relation se tend. Écrire l’accord, même par un simple échange de messages daté, crée une trace utile. Le faire homologuer par le juge lui donne une force exécutoire. La médiation familiale peut servir à poser ces règles avant qu’un conflit n’éclate.

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Les horaires de travail font partie des contraintes que le juge peut prendre en compte.

💡 Bon à savoir

Le fait de refuser indûment de représenter un enfant mineur à la personne qui a le droit de le réclamer est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende (article 227-5 du Code pénal, version en vigueur depuis le 1er janvier 2002). Un désaccord sur les trajets ne justifie pas, à lui seul, de garder l’enfant.

Que faire si l’autre parent ne respecte pas l’organisation des trajets ?

Commencez par documenter : dates, heures, messages, trajets effectués à la place de l’autre. Si le problème dure, saisissez le juge aux affaires familiales pour faire préciser ou modifier les modalités. L’article 373-2-13 du Code civil permet de modifier à tout moment une décision ou une convention homologuée, à la demande d’un parent.

Cependant, la réponse dépend du sens du manquement. Si le parent qui accueille refuse de remettre l’enfant, l’infraction de non-représentation peut entrer en jeu. Si le parent qui exerce le droit de visite ne vient pas chercher l’enfant, la situation est différente : le droit de visite est un droit, et nul ne peut être contraint de l’exercer. Des absences répétées peuvent en revanche justifier une révision des modalités. Un calendrier tenu à jour, avec les trajets réellement faits par chacun, reste votre pièce la plus solide.

Évitez de modifier seul l’organisation, même pour « rééquilibrer ».

Calendrier des week-ends et des vacances pour répartir les trajets entre parents

🧩 Cas d’école (situation fictive)

Prenons une mère imaginaire mutée à 300 km avec l’enfant, qui réside chez elle. Le jugement initial prévoyait que le père, bénéficiaire du droit de visite, aille chercher l’enfant. Chaque week-end représente désormais 1 200 km aller-retour pour lui, deux fois par mois.

Le père saisit le juge. Celui-ci peut répartir les frais de déplacement et baisser la pension, en expliquant pourquoi. Qui porte le risque ? Le père, s’il continue de rouler sans rien demander : tant qu’aucune décision nouvelle n’existe, l’ancienne s’applique.

Ce cas montre que le changement de distance ne modifie rien tout seul. C’est la saisine du juge qui ouvre la répartition.

Comment adapter les trajets aux vacances et aux longues distances ?

Pour les longues distances, les décisions remplacent souvent les week-ends fréquents par des périodes plus longues pendant les vacances scolaires. Le juge peut aussi distinguer les trajets du temps scolaire et ceux des vacances, comme dans l’affaire jugée en 2014. Rien n’oblige à la symétrie : un parent peut faire l’aller, l’autre le retour.

Les enfants plus âgés prennent parfois le train seuls ou accompagnés par un service de la compagnie. Cette solution se discute, et elle n’a de valeur contraignante que si elle figure dans la décision ou dans un accord écrit. Et le coût peut basculer : un billet de train pour l’enfant se partage plus facilement qu’un plein d’essence. Pensez aussi aux jours fériés, aux ponts et à la fin des vacances, où les horaires de transport changent. Un calendrier annuel posé en septembre évite la plupart des conflits de juin.

Côté travail, le salarié peut se renseigner sur les congés pour raisons familiales prévus par sa convention collective.

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Ils ne règlent pas les trajets, mais ils peuvent dégager une demi-journée critique.

🚫 Idée reçue : « celui qui a déménagé paie forcément tous les trajets »

Aucun texte ne le prévoit. L’article 373-2 du Code civil confie la répartition des frais au juge, qui tient compte de la situation de chacun. La Cour de cassation exige qu’une charge totale sur un seul parent soit motivée. Avant de présumer la réponse, chiffrez les trajets et rassemblez vos justificatifs de ressources.

Ce que vous pouvez faire valoir, et ce qui reste incertain

Vous pouvez faire valoir le texte de votre décision, le coût réel des trajets et leur origine. Le juge dispose ensuite d’une large marge d’appréciation, encadrée par l’obligation de motiver. Aucune règle ne permet de prédire une répartition précise : deux juges peuvent retenir des solutions différentes pour des distances proches.

Enfant et parent sur un trajet en voiture pour l'exercice du droit de visite

Mais trois points restent solides. La décision en vigueur s’applique tant qu’elle n’a pas été modifiée. Le juge peut répartir les frais de déplacement et en tenir compte dans la pension. Un choix de répartition non motivé peut être contesté en appel puis en cassation. Pour le reste, un avocat en droit de la famille pourra évaluer votre dossier et le délai d’une nouvelle saisine.

Les trajets ne sont qu’une pièce de l’organisation. Pour les principes de la résidence et du droit de visite, voyez notre article pour comprendre le droit de garde. Si l’éloignement vient d’un déménagement, lisez les règles sur le déménagement du parent gardien. Et pour savoir comment les frais de transport pèsent sur le montant, consultez notre guide sur la pension en garde alternée.

Synthèse des règles sur les trajets et les frais du droit de visite

Le levier démontrable reste un relevé daté des trajets et de leur coût, joint à une demande au juge qui cite l’article 373-2 du Code civil.

Questions fréquentes

Qui doit aller chercher l’enfant pour le droit de visite ?

Celui que désigne la décision du juge ou la convention homologuée. Beaucoup de décisions confient cette charge au parent qui exerce le droit de visite, mais c’est un usage, et votre décision peut prévoir un partage.

Le juge peut-il partager les frais de trajet ?

Oui. En cas de changement de résidence d’un parent, l’article 373-2 du Code civil lui demande de répartir les frais de déplacement et d’ajuster la pension. Il peut aussi tenir compte de ces frais en réduisant la pension, ce qui vaut partage.

Peut-on garder l’enfant si l’autre parent refuse de faire sa part des trajets ?

Non. Refuser indûment de remettre l’enfant est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende par l’article 227-5 du Code pénal. La voie à suivre est la saisine du juge aux affaires familiales.

Un accord oral sur les trajets est-il valable ?

Il peut être appliqué tant que les deux parents le respectent, mais il ne remplace pas la décision en vigueur. Pour qu’il ait force exécutoire, faites homologuer une convention par le juge aux affaires familiales.

Sources

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