Démissionner d’un CDI paraît simple : on annonce son départ, puis on effectue son préavis. Sur le papier, la loi vous laisse effectivement partir sans donner de raison. C’est dans les détails que les ennuis commencent, souvent avec une dispense de préavis promise à l’oral puis contestée au moment du solde de tout compte.
Cette page suit la procédure dans l’ordre, de l’annonce au dernier jour. Elle distingue la loi, votre convention collective et les usages, et signale les cas où aucune réponse générale n’existe.
🔎 En bref : la démission doit traduire une volonté claire et non équivoque, à l’oral ou par écrit. La loi ne fixe pas de durée générale de préavis : elle renvoie à la convention collective, puis aux usages (art. L1237-1 du Code du travail, version en vigueur au 29 septembre 2026). Quelques métiers ont une durée légale, comme les journalistes, avec 1 mois jusqu’à 3 ans d’ancienneté et 2 mois au-delà (art. L7112-2 du Code du travail, version en vigueur depuis le 1er mai 2008). Aucune indemnité de départ n’est due.
Comment démissionner d’un CDI ?
Vous informez votre employeur ou votre supérieur hiérarchique de votre départ, oralement ou par une lettre de démission. Aucun motif n’est exigé et aucun formulaire officiel n’existe. La seule condition de fond : votre volonté de quitter l’entreprise doit être claire et non équivoque (service-public.gouv.fr, fiche F2883 consultée le 29/09/2026).
L’oral suffit en droit, mais il ne prouve rien.
Le préavis démarre au moment où l’employeur a connaissance de votre démission. Une lettre recommandée avec avis de réception ou une lettre remise en main propre contre signature fixe cette date sans discussion possible. Mais la forme ne rattrape pas une volonté troublée. Une démission donnée sous le coup d’une dispute, ou après des manquements de l’employeur que vous lui reprochez, peut être jugée équivoque. Le conseil de prud’hommes peut alors la requalifier en licenciement injustifié. Ce débat se tranche au cas par cas, et il suppose des éléments écrits.
Une fois donnée, une démission claire ne se reprend pas seule. Selon service-public.gouv.fr, le salarié ne peut se rétracter que si l’employeur l’accepte.

Quelle est la durée du préavis de démission ?
Il n’existe pas de durée légale générale. Le Code du travail renvoie à la loi quand elle prévoit un cas particulier, puis à la convention ou à l’accord collectif, et à défaut aux usages de la localité et de la profession. Votre contrat peut aussi comporter une clause sur ce point, à lire à côté du texte conventionnel.
« En cas de démission, l’existence et la durée du préavis sont fixées par la loi, ou par convention ou accord collectif de travail. »
Article L1237-1 du Code du travail, version en vigueur au 29/09/2026
La première démarche consiste donc à ouvrir votre convention collective à la rubrique « démission » ou « préavis ». Les durées y varient souvent selon la catégorie, et parfois selon l’ancienneté. Pourtant, beaucoup de salariés se fient au « préavis de trois mois des cadres » comme s’il s’agissait d’une règle nationale. C’est un repère fréquent dans les conventions, pas une obligation légale. Le simulateur de préavis de service-public.fr retrouve la durée prévue par votre convention à partir de son intitulé.
Pour les régimes fixés hors convention, l’outil ci-dessous donne le repère officiel.
Le tableau reprend les situations où la durée ne dépend pas d’abord de votre convention.
| Situation | Durée du préavis | Critère |
|---|---|---|
| Journaliste professionnel | 1 mois, puis 2 mois | Ancienneté jusqu’à 3 ans, puis au-delà |
| VRP | 1, 2 ou 3 mois | 1re année, 2e année, au-delà |
| Alsace-Moselle | 6 semaines, 15 jours, 1 semaine ou 1 jour | Paie trimestrielle ou plus, mensuelle, hebdomadaire, journalière |
| Salariée enceinte | Pas de préavis | État de grossesse |
| Tous les autres salariés | Convention collective, sinon usages | Art. L1237-1 |
Durées selon service-public.gouv.fr, fiche F2883 vérifiée le 8 juillet 2026 et consultée le 29 septembre 2026.
Quand le préavis commence-t-il, et peut-il s’interrompre ?
Le préavis court à partir de la notification de la démission, c’est-à-dire du moment où l’employeur en a connaissance. Avec une lettre recommandée, c’est la date de première présentation. Avec une remise en main propre ou une annonce orale, c’est le jour même (service-public.gouv.fr, fiche F2883 consultée le 29/09/2026).
Et le préavis ne se déroule pas toujours d’une traite. Service-public.gouv.fr cite plusieurs cas de suspension : un accord entre vous et l’employeur, des congés payés posés avant la notification de la démission, un accident du travail ou une maladie professionnelle, ou une clause conventionnelle. Dans ces cas, la date de fin recule d’autant. Pour un arrêt maladie sans lien avec le travail, la réponse dépend souvent de votre convention. Ce point mérite une vérification précise avant de calculer quoi que ce soit.
Pendant le préavis, vous restez salarié.
Certaines conventions accordent des heures pour chercher un emploi pendant cette période. Leur existence, leur nombre et leur paiement dépendent entièrement du texte applicable, et la loi ne les impose pas pour une démission.
Peut-on être dispensé de préavis ?
Oui, dans deux configurations aux effets opposés. Si vous demandez la dispense et que l’employeur l’accepte, il ne vous doit pas d’indemnité compensatrice de préavis. Si c’est l’employeur qui décide seul de vous dispenser, il doit la verser, comme si vous aviez travaillé jusqu’au bout (service-public.gouv.fr, fiche F2883 consultée le 29/09/2026).
Cependant, l’accord de l’employeur doit laisser une trace. Une dispense acceptée « entre deux portes » se discute mal trois mois plus tard, au moment du solde de tout compte. Demandez une réponse écrite qui précise la date de sortie retenue. L’enjeu se chiffre en semaines de salaire, parfois en mois. Et si vous partez sans accord avant la fin du préavis, l’employeur ne vous doit rien pour la période non effectuée et peut même vous en réclamer le paiement.
Le risque d’un départ anticipé sans écrit pèse presque toujours sur le salarié.
🚫 Idée reçue : « mon nouvel employeur attend, je pars vendredi »
Un nouveau contrat ne vous libère pas de l’ancien. Tant que votre employeur actuel n’a pas accepté par écrit de raccourcir le préavis, celui-ci reste dû. La bonne approche consiste à négocier la date d’arrivée avec le futur employeur en fonction de votre convention, puis à formuler une demande écrite de dispense partielle à l’employeur actuel.
Que touchez-vous en quittant l’entreprise ?
Vous percevez le salaire jusqu’au dernier jour travaillé, l’indemnité de congés payés non pris, les primes qui vous sont dues et, le cas échéant, la contrepartie d’une clause de non-concurrence. La démission n’ouvre droit à aucune indemnité de départ, à la différence d’un licenciement. L’employeur vous remet un certificat de travail, un reçu pour solde de tout compte et l’attestation destinée à France Travail.
Côté chômage, le principe est l’exclusion. Ainsi, une démission classique ne donne pas droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi. Les exceptions sont les démissions dites légitimes, comme le départ pour suivre un conjoint qui change d’emploi, et la démission pour reconversion. Cette dernière exige 1 300 jours travaillés dans les 60 derniers mois et un projet validé par une association Transitions Pro (service-public.gouv.fr, fiche F89 mise à jour le 1er avril 2025, consultée le 29/09/2026). Sans motif légitime, une instance paritaire régionale peut réexaminer votre dossier après 121 jours de chômage.
Ces conditions se vérifient auprès de France Travail avant d’envoyer la lettre, jamais après, puisqu’une démission ne se reprend pas seule.

Démission, rupture conventionnelle ou abandon de poste : quelle différence ?
La démission est une décision unilatérale du salarié, sans indemnité ni chômage en principe. La rupture conventionnelle est un accord avec l’employeur, homologué par l’administration, qui ouvre droit à une indemnité et au chômage. L’abandon de poste, lui, peut désormais être traité comme une démission présumée, avec les mêmes conséquences.
Une rupture de CDI négociée suppose l’accord de l’employeur. Et l’abandon de travail suit une autre logique depuis la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 (art. L1237-1-1, en vigueur depuis le 23 décembre 2022). L’employeur doit d’abord vous mettre en demeure, par recommandé ou remise en main propre contre décharge, de justifier votre absence et de reprendre le poste. Vous disposez d’au moins 15 jours à compter de la présentation du courrier (art. R1237-13 du Code du travail, version en vigueur au 29 septembre 2026). Sans reprise ni motif légitime, la présomption de démission joue.
Le texte liste des motifs qui peuvent faire obstacle à cette présomption, comme des raisons médicales ou l’exercice du droit de retrait.
🧩 Cas d’école (situation fictive)
Prenons un cas fictif : un technicien trouve un nouveau poste qui démarre dans trois semaines. Sa convention prévoit deux mois de préavis. Son responsable lui dit à l’oral « on s’arrangera ». Il envoie sa démission et part au bout de trois semaines.
Au solde de tout compte, l’employeur retient les cinq semaines non effectuées. Qui porte le risque ? Le salarié, faute d’écrit prouvant la dispense.
Ce cas montre qu’une dispense de préavis n’existe, en pratique, que si elle est écrite.
Que doit contenir la lettre de démission ?
Aucune mention n’est imposée par la loi. Une lettre utile tient en quelques lignes : votre identité, votre poste, la phrase qui annonce la démission sans ambiguïté, la durée de préavis que vous comptez effectuer ou la demande de dispense. La date et la signature complètent l’ensemble. Inutile d’y exposer vos motifs.
Or c’est souvent le motif qui fragilise la lettre. Un courrier qui mélange départ et reproches peut rendre la démission équivoque, ce qui ouvre un débat que vous n’avez peut-être pas voulu. Si vous estimez que l’employeur a gravement manqué à ses obligations, la question relève d’un autre cadre, à examiner avec un conseil avant d’écrire. Gardez une copie de la lettre et la preuve de sa remise. Le reste se règle par échange de courriels datés.
Un exemple de formulation neutre suffit dans la plupart des cas.
✍️ Démarche type : modèle de lettre
Madame, Monsieur,
Je vous informe par la présente de ma décision de démissionner de mon poste de [intitulé du poste], occupé depuis le [date d’embauche].
Conformément à [ma convention collective / mon contrat], j’effectuerai un préavis de [durée], qui débutera à la réception de ce courrier. [Variante : je vous demande de bien vouloir me dispenser de tout ou partie de ce préavis, pour une sortie des effectifs le [date].]
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées. [Date, signature]
Ce que vous maîtrisez vraiment dans une démission
Vous maîtrisez deux choses : la date de notification, que vous pouvez prouver, et le contenu de votre lettre. La durée du préavis, elle, dépend de votre convention collective ou de votre statut, et la dispense dépend de l’employeur. Sans votre convention et votre contrat sous les yeux, aucun calcul d’échéance fiable n’est possible.
Mais le calendrier se prépare, et c’est là que se trouve votre marge.
Si vous hésitez encore, trois lectures complètent ce guide. Notre article sur la démission avec chômage détaille les conditions d’indemnisation après un départ volontaire. Pour peser les risques d’un départ sans lettre, voyez la comparaison entre abandon de poste et démission. Et si votre projet consiste à changer de contrat, lisez ce qu’implique le fait de quitter un CDI pour un CDD. Un délégué syndical, un élu du CSE ou un avocat en droit social pourront relire votre situation précise.
Le levier démontrable reste l’écrit : une notification datée, puis toute dispense confirmée par l’employeur noir sur blanc.
Questions fréquentes
Quel est le préavis de démission d’un CDI ?
La loi ne fixe pas de durée générale. Le préavis est prévu par votre convention collective, à défaut par les usages. Des durées légales existent pour certains métiers, comme les journalistes et les VRP, et en Alsace-Moselle.
Peut-on démissionner par oral ?
Oui, la démission peut être orale si votre volonté est claire et non équivoque. Une lettre recommandée ou remise en main propre contre signature reste la seule façon de prouver la date de départ du préavis.
Peut-on revenir sur sa démission ?
Une démission claire ne peut pas être retirée seule. Le salarié ne peut se rétracter que si l’employeur l’accepte. Une démission équivoque, donnée sous le coup de l’émotion par exemple, peut en revanche être contestée devant le conseil de prud’hommes.
Touche-t-on le chômage après une démission ?
En principe non. Les exceptions sont les démissions légitimes, la démission pour un projet de reconversion validé par Transitions Pro, et le réexamen possible par une instance paritaire après 121 jours de chômage.




