Une offre en CDD arrive avec un meilleur salaire, un projet plus stimulant ou la promesse d’un CDI « à l’issue ». Vous êtes en CDI ailleurs. La question paraît simple. Elle cache surtout un déplacement du risque, du nouvel employeur vers vous.
Le droit ne vous interdit rien : vous pouvez démissionner et signer un CDD. Mais les garanties que vous quittez sont écrites, alors que celles qu’on vous fait miroiter ne le sont pas toujours. Ce guide sépare ce que disent le Code du travail et les règles d’assurance chômage en vigueur au 29 septembre 2026 de ce qui relève de la simple promesse.
🔎 En bref : démissionner d’un CDI pour un CDD est libre, mais la démission n’ouvre pas, en principe, de droit au chômage. À la fin du CDD, l’indemnisation devient possible si vous avez travaillé au moins 65 jours ou 455 heures depuis la démission, et au moins 130 jours ou 910 heures sur les 24 derniers mois (unedic.org, pages mises à jour le 1er avril et le 25 novembre 2025). Jusqu’à la fin de sa période d’essai, qui peut atteindre un mois, votre CDD peut être rompu librement, sauf abus (art. L1242-10 du Code du travail, version en vigueur au 29 septembre 2026).
Peut-on démissionner d’un CDI pour signer un CDD ?
Oui. La démission reste libre, sans motif à donner, et rien n’interdit de signer ensuite un CDD chez un autre employeur. Vous devez en revanche respecter le préavis. Selon l’article L1237-1 du Code du travail (version en vigueur au 29 septembre 2026), son existence et sa durée sont fixées par la loi, la convention collective ou, à défaut, par les usages.
La règle du « un jour par semaine » qui circule à propos de ce préavis concerne en réalité le CDD, et non la démission d’un CDI.
Le calendrier devient alors une affaire à trois. Votre employeur actuel peut accepter de vous dispenser de préavis, sans y être tenu. Le futur employeur fixe une date d’embauche, souvent sans tenir compte de ce préavis. Or signer le CDD avant d’avoir réglé la date de départ vous expose à un chevauchement que personne ne résoudra à votre place. Ainsi, la lettre de démission gagne à partir après avoir obtenu par écrit la date de début du CDD.

Aurez-vous droit au chômage à la fin du CDD ?
Peut-être, sous deux conditions cumulées. La fin d’un CDD à son terme est une perte involontaire d’emploi. Mais la démission du CDI reste opposable si vous avez travaillé moins de 65 jours ou 455 heures depuis ce départ volontaire (règlement annexé à la convention d’assurance chômage du 15 novembre 2024, article 4 e, relu sur Légifrance le 30/09/2026). Il faut aussi atteindre la durée minimale d’affiliation.
Cette durée minimale est de 130 jours travaillés ou 910 heures sur les 24 derniers mois, ou 36 mois à partir de 55 ans (unedic.org, page mise à jour le 1er avril 2025). Vos jours de CDI comptent pour cette affiliation. Le seuil des 65 jours se calcule, lui, depuis la démission seulement. Un CDD de quelques semaines, rompu tôt, laisse donc la démission en travers de vos droits. Pourtant, ces seuils ne disent rien du montant, que ce guide ne calcule pas.
Le simulateur ci-dessous situe votre projet face à ces deux seuils.
Un résultat favorable ne vaut pas accord. France Travail examine chaque fin de contrat et chaque justificatif avant d’ouvrir des droits.
💡 Le saviez-vous ?
Si vos droits sont refusés à cause de la démission, vous pouvez demander un réexamen après 121 jours de chômage non indemnisé. Une instance paritaire de France Travail étudie la demande, et en cas de réponse favorable, les allocations sont versées dès le 122e jour (unedic.org, fiche « Démission » mise à jour le 25 novembre 2025). Rien ne garantit l’issue de ce réexamen.
Que se passe-t-il si le CDD s’arrête plus tôt que prévu ?
Tout dépend du moment de la rupture. Pendant la période d’essai, le contrat peut être rompu. Pour un CDD, elle se calcule à raison d’un jour par semaine, dans la limite de deux semaines pour un contrat de six mois au plus et d’un mois au-delà (article L1242-10, version en vigueur au 29 septembre 2026). Après l’essai, la rupture anticipée devient très encadrée.
Les règles de la période d’essai d’un CDI ne s’appliquent donc pas telles quelles à votre futur contrat.
« Sauf accord des parties, le contrat de travail à durée déterminée ne peut être rompu avant l’échéance du terme qu’en cas de faute grave, de force majeure ou d’inaptitude constatée par le médecin du travail. »
Article L1243-1 du Code du travail, version en vigueur au 29/09/2026
Ce texte protège le salarié en CDD une fois l’essai passé. Un employeur qui rompt en dehors de ces cas doit verser des dommages et intérêts au moins égaux aux rémunérations que vous auriez perçues jusqu’au terme (article L1243-4). Mais pendant l’essai, cette protection n’existe pas encore. Si le nouvel employeur met fin à l’essai après trois semaines, vous aurez quitté votre CDI et travaillé bien moins de 65 jours depuis. Votre démission redevient alors l’obstacle principal à l’indemnisation.
Le règlement d’assurance chômage prévoit bien un cas de démission légitime lorsque l’employeur rompt le nouvel emploi dans les 65 premiers jours travaillés, après trois ans d’affiliation continue. Or le règlement le réserve à une démission « en vue de reprendre une activité salariée à durée indéterminée » (texte relu sur Légifrance le 30 septembre 2026), et France Travail le confirme (francetravail.fr, page mise à jour le 18 septembre 2025). Pour un CDD, ce filet n’existe pas.
🧩 Cas d’école (situation fictive)
Prenons un cas fictif : un technicien en CDI depuis six ans reçoit une offre de CDD de neuf mois, mieux payé, avec la mention orale d’un CDI « probable » à la fin. Sa convention collective prévoit un mois de préavis de démission. Le CDD comporte un mois de période d’essai, le maximum légal pour un contrat de plus de six mois. Au bout de trois semaines, l’employeur met fin à l’essai.
Qui porte le risque ? Le salarié, seul. Il a travaillé moins de 65 jours depuis sa démission, et le cas de démission légitime lié à une rupture rapide vise un CDI. Il lui reste la demande de réexamen après 121 jours, sans garantie.
Ce cas montre que la durée de l’essai et le seuil de 65 jours se lisent ensemble, avant la lettre de démission.
Que vaut la promesse d’un CDI à l’issue du CDD ?
Une phrase du type « un CDI suivra sûrement » ne crée, à elle seule, aucune obligation vérifiable. Ce qui compte, c’est l’écrit : le contrat, son motif et son terme. Et si le poste est en réalité permanent, c’est le CDD qui pose problème, car l’article L1242-1 interdit de pourvoir durablement par ce contrat un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise.
La promesse pèse aussi sur la prime de fin de contrat. Cette indemnité de 10 % de la rémunération totale brute est due quand la relation ne se poursuit pas en CDI (article L1243-8, version en vigueur au 29 septembre 2026). Elle disparaît si vous refusez un CDI pour un emploi similaire, à rémunération au moins équivalente (article L1243-10). Elle n’est pas due non plus après une rupture à votre initiative, ni pour un CDD saisonnier ou d’usage, sauf convention plus favorable. Elle indemnise la précarité du contrat, sans rapport avec l’ancienneté abandonnée.
Demandez donc que tout engagement sur la suite figure par écrit, avec un poste et une date.

Quels droits gardez-vous une fois en CDD ?
Pendant le contrat, vous bénéficiez des mêmes dispositions légales, conventionnelles et d’usage que les salariés en CDI de l’entreprise, sauf pour la rupture (article L1242-14, version en vigueur au 29 septembre 2026). Ce que vous perdez tient à la durée : un terme fixé d’avance, et l’ancienneté acquise dans votre ancien CDI, qui en principe ne vous suit pas.
Cependant, l’égalité de traitement pendant le contrat ne dit rien de l’après. Les droits attachés à l’ancienneté repartent en principe de zéro chez le nouvel employeur, sauf clause négociée. Si votre convention collective prévoit des primes ou des congés liés à l’ancienneté, comparez les deux textes avant de signer. La protection contre la rupture change aussi de nature, comme le montre le tableau suivant. Chaque ligne renvoie à un article vérifiable.
| Point | En CDI | En CDD | Référence |
|---|---|---|---|
| Départ à votre initiative | Démission avec préavis légal, conventionnel ou d’usage | Rupture anticipée dans les seuls cas prévus, dont une embauche en CDI ailleurs ou l’accord des parties | L1237-1, L1243-1, L1243-2 |
| Rupture par l’employeur | Licenciement, avec procédure et motif | Faute grave, force majeure ou inaptitude, hors période d’essai | L1243-1, L1243-4 |
| Période d’essai | Selon le contrat et la convention | Un jour par semaine, deux semaines ou un mois au plus | L1242-10 |
| Fin normale du contrat | Pas de terme | Terme prévu, indemnité de 10 % sauf exceptions | L1243-8, L1243-10 |
| Droits pendant le contrat | Loi, convention et usages | Les mêmes, sauf règles de rupture | L1242-14 |
Articles du Code du travail en vigueur au 29 septembre 2026, consultés sur le Code du travail numérique.
La colonne CDD protège mieux contre une rupture en cours de route, une fois l’essai passé. Elle ne dit rien de ce qui se passera au terme.
✅ Ce que le CDD peut apporter
- Un poste et une rémunération fixés par écrit dès la signature
- Une indemnité de fin de contrat de 10 %, hors exceptions
- Une protection forte contre la rupture anticipée après l’essai
⚠️ Ce qu’il vous fait porter
- Une démission qui n’ouvre pas de droit au chômage en principe
- Une période d’essai qui fragilise les premières semaines
- Aucun droit à un CDI au terme, quelle que soit la promesse
Le poids de chaque colonne dépend de votre situation, et ce guide ne peut pas l’évaluer à votre place.
Quelles alternatives à la démission existent vraiment ?
Les voies parfois présentées comme des solutions, rupture conventionnelle ou démission pour reconversion, ne dépendent jamais de vous seul. La rupture conventionnelle suppose l’accord de l’employeur : l’article L1237-11 (version en vigueur au 29 septembre 2026) prévoit que l’employeur et le salarié « peuvent convenir en commun » des conditions de la rupture. Personne ne peut l’exiger.
La démission pour reconversion ouvre droit à l’allocation sous conditions strictes. Il faut être en CDI, justifier de 1 300 jours travaillés dans les 60 derniers mois, demander un conseil en évolution professionnelle avant de démissionner et faire valider le projet par l’association Transitions Pro de votre région (service-public.gouv.fr, page vérifiée le 1er avril 2025, et francetravail.fr, page mise à jour le 18 septembre 2025). Le projet doit porter sur une formation ou une création d’entreprise. Un simple changement d’employeur en CDD n’entre pas dans ce cadre. France Travail contrôle ensuite la réalité des démarches.
Restent les situations que l’employeur provoque. S’il modifie votre contrat sur la rémunération ou la qualification, il lui faut votre accord, et votre refus ne vaut pas démission. Et un licenciement pour motif économique constitue une perte involontaire d’emploi, mais il ne se choisit pas comme une sortie.
Aucune de ces voies ne se décide seul, et c’est précisément ce qui les sépare de la démission.
🚫 Idée reçue : « démissionner pour un nouvel emploi donne droit au chômage »
La démission reste en principe une perte volontaire d’emploi. Les cas de démission légitime liés à une reprise d’emploi sont étroits, et celui qui couvre une rupture rapide du nouvel emploi vise un CDI, après trois ans d’affiliation continue (francetravail.fr, page mise à jour le 18 septembre 2025). La bonne approche consiste à vérifier les seuils avant de signer, puis à interroger France Travail sur votre situation précise.
Ce qui se vérifie avant de signer
Avant de signer, plusieurs documents se lisent ensemble : votre convention collective pour le préavis, le projet de CDD pour le motif, le terme et la période d’essai, puis votre historique d’emploi pour les seuils d’assurance chômage. Avec eux, le risque se mesure. Sans eux, ce guide ne peut pas trancher, et aucune règle ne rend ce choix sûr par principe.
Si votre employeur actuel accepte de discuter d’une sortie négociée, notre guide de la rupture conventionnelle détaille la procédure. Pour lire l’offre du nouvel employeur, notre article sur la promesse d’embauche distingue les engagements qui obligent des simples intentions. Si le CDD semble couvrir un poste durable, voyez les cas de requalification d’un CDD en CDI. Pourtant, aucune de ces lectures ne remplace un échange avec un conseiller France Travail ou un défenseur syndical. Eux seuls peuvent examiner votre dossier complet.
Le levier démontrable reste un calcul fait avant de démissionner : la durée d’essai et la durée du CDD, confrontées au seuil de 65 jours travaillés.
Questions fréquentes
Peut-on toucher le chômage après avoir quitté un CDI pour un CDD ?
Oui, à la fin du CDD, si vous avez travaillé au moins 65 jours ou 455 heures depuis la démission et atteint la durée minimale d’affiliation de 130 jours ou 910 heures sur 24 mois (36 mois à partir de 55 ans), selon unedic.org. France Travail examine chaque dossier.
Quel préavis respecter pour démissionner d’un CDI ?
Celui prévu par la loi, votre convention collective ou, à défaut, les usages de la profession et de la localité (article L1237-1 du Code du travail). Votre employeur peut accepter de vous en dispenser.
Le nouvel employeur peut-il rompre le CDD avant son terme ?
Pendant la période d’essai, oui. Après, seulement en cas de faute grave, de force majeure, d’inaptitude constatée par le médecin du travail ou d’accord des parties (article L1243-1). Sinon, il vous doit au moins les salaires restant jusqu’au terme (article L1243-4).
Touche-t-on la prime de précarité si le CDD débouche sur un CDI ?
Non. L’indemnité de fin de contrat de 10 % est due quand la relation ne se poursuit pas en CDI. Elle n’est pas due non plus si vous refusez un CDI équivalent proposé par l’employeur (articles L1243-8 et L1243-10).




